La solidarité franco-allemande durant la crise sanitaire

Face à la situation sanitaire inédite que nous connaissons depuis de nombreux mois désormais, la solidarité franco-allemande s’est exprimée de manière concrète et réactive.

Ainsi, alors que l’Europe était confrontée à la première vague de cas de COVID-19, nombre d’hôpitaux allemands ont immédiatement répondu à l’appel des autorités françaises pour accueillir des patients venus de régions où les services de soins étaient saturés. L’organisation de cette coopération sanitaire et la prise en charge par les établissements allemands a été coordonnée notamment par l’Ambassade de France à Berlin.

Nous souhaitions ici rendre un hommage tout particulier à toutes ces équipes de soignants qui, à Mannheim, Magdebourg, Offenbach, Karlsruhe, Sarrebruck, Berlin…, dans l’urgence et ce contexte si particuliers, se sont pleinement engagés auprès des malades venus de France mais également d’Italie ou encore de République tchèque.

L’épidémie de COVID-19 ne connaît pas de frontière, la solidarité  non plus. Telle a été la réponse des autorités et personnels de santé allemands. Herzlichen Dank !

Retrouvez ici les témoignages en images:

Témoignage du Dr. Thomas Kirschning, Clinique universitaire de Mannheim

Une solidarité européenne concrète

Lorsque fin mars, on nous a demandé si nous pouvions accueillir des patients venant d’Alsace, région voisine de la nôtre, qui se trouvaient dans un état grave après avoir contracté la Covid-19, nous n’avons pas hésité une seconde. Nous venions d’augmenter au maximum nos capacités d’accueil en soins intensifs. Comme l’Allemagne était beaucoup moins touchée que la France par la pandémie à ce moment-là, nous avions encore quelques lits avec assistance respiratoire disponibles.

Malgré les conditions de travail extrêmement éprouvantes de nos confrères à Colmar, ceux‑ci ont organisé les transferts en hélicoptère avec rapidité et professionnalisme. Deux patients sont arrivés, le 23 et le 24 mars, et ont été placés en soins intensifs. À leur arrivée sur l’héliport, il était clair qu’ils se trouvaient dans un état critique mais que leur pronostic vital n’était heureusement pas engagé.

Après environ deux semaines d’assistance respiratoire et de prise en charge en soins intensifs, ces deux patients ont pu être transférés dans une unité de surveillance continue. Les 8 et 9 avril, juste avant Pâques, ils ont pu retourner en France à bord d’une simple ambulance. Ils ont certes dû rester hospitalisés en soins classiques mais entretemps, la situation avait suffisamment évolué pour que nos confrères français puissent les accueillir sans problème.

Pour nous, prendre en charge ces deux patients français était un geste concret de solidarité européenne et une évidence, compte tenu des liens d’amitié entre nos deux pays : nous sommes convaincus que nos voisins nous aideraient de la même manière si nous en avions besoin.

Nous avons été très touchés par les courriers que nous ont adressés la consule générale de France Catherine Veber, le président de la région Grand Est Jean Rottner et la directrice des Hôpitaux Civils de Colmar Christine Fiat. Dans le contexte de la pandémie de Covid-19 qui perdure, nous nous sommes sentis soutenus et leurs paroles encourageantes ont été une grande source de motivation.

Source: Universitätsmedizin Mannheim

 

Dr. Laurence Erdur, psychologue, hôpital universitaire de la Charité – Berlin

 

« C’était très important pour moi de soutenir les patients français et leurs proches. Mes parents se sont rencontrés dans les années 1970 grâce aux programmes franco-allemands d’échanges d’élèves. Cinquante ans plus tard, j’ai pu mettre à profit mon éducation bilingue dans un contexte totalement inattendu.

Les patients français accueillis à la Charité en avril avaient été hospitalisés à Strasbourg et placés dans un coma artificiel dans le cadre de leurs soins contre la Covid-19. Plus tard, ils se sont réveillés à l’hôpital de la Charité, à Berlin, entourés d’« extraterrestres » puisque le personnel devait porter des surblouses et des masques. De plus, la plupart des collègues de notre équipe médicale ne parlaient pas français. Comment les patients pouvaient-ils alors trouver des repères dans cette surprenante réalité ?

J’ai eu la chance de pouvoir utiliser notre langue maternelle commune pour assister les patients français et leur expliquer la situation. Pendant toute cette période, la langue a été, en plus des soins médicaux, le moyen de rassurer, de réconforter et de créer du lien entre l’équipe médicale et les patients, mais aussi au sein de notre équipe. Une soignante a tout de suite tenu à apprendre un peu de français pour pouvoir échanger quelques mots avec les patients. Aujourd’hui encore, quand nous nous croisons dans les couloirs, nous nous amusons à nous saluer d’un « Bonjour, comment ça va ? ».

Ces rencontres m’ont montré que la médecine a toujours aussi une composante sociale et que c’est aussi grâce à une langue commune que les relations fonctionnent. Je pense parfois encore à ces patients venus de France ; j’espère qu’ils vont bien et qu’ils garderont un bon souvenir de Berlin. »

 

Témoignages de la clinique Sana d’Offenbach

Patients Covid français; 30 mars – 15 avril 2020

par le docteur D. Gill-Schuster, médecin en chef, soins intensifs 2A

Notre expérience avec des patients français a commencé avant même leur accueil dans notre service de soins intensifs. Après avoir appris que nous allions devoir prendre en charge des malades de la Covid-19, des patients de différentes cliniques nous ont été présentés par téléphone. Malheureusement, nous ne pouvions pas tous les accueillir. Le choix s’est porté sur ces patients en particulier, car l’une de nos médecins en chef avait déjà passé des vacances sur le lieu où se trouvait l’hôpital d’envoi (« expéditeur »). Très vite, un confrère français sympathique et volontaire, qui parlait très bien anglais, s’est également manifesté. Le transfert a eu lieu rapidement et sans difficulté. Les conditions catastrophiques dont nous avions eu connaissance par la presse nous avaient bien sûr rendus très nerveux à la perspective de cet accueil, nous nous demandions dans quel état les patients pouvaient se trouver et comment ils avaient été pris en charge jusqu’alors. Toutes les normes avaient-elles pu être respectées, malgré la pénurie de ressources ? Par bonheur, leur prise en charge avait été très bonne, de sorte que nous n’avions plus qu’à poursuivre les traitements. Dès le 6e jour après les avoir accueillis, nous avons pu extuber le premier patient, et ce fut possible pour le deuxième dès le lendemain.

Après l’extubation, les deux patients ont été très surpris ! Ils ignoraient en effet qu’ils avaient été transférés et ont été sidérés d’apprendre qu’ils se trouvaient désormais en Allemagne, et plus en France. La communication avec « nos » Français n’a pas posé de problème, du fait de leur bonne connaissance de l’allemand. Nous avons appris que les parents de l’un d’eux venaient même d’Allemagne et qu’il avait toujours parlé allemand avec eux. L’évolution des patients par la suite a été extrêmement satisfaisante. Nous avons pu rapidement les mobiliser et les rendre aptes au transport, ce qui fait que le 15 avril 2020, après à peine deux semaines et demi, ils ont pu retrouver leurs familles dans leur pays. Mais pas avant d’avoir pris une photo souvenir !

Pour nous, cela a été une expérience passionnante d’aider les collègues de France dans cette situation difficile et extrêmement tendue. Peu de temps avant la sortie des patients, j’ai eu à nouveau une discussion très intéressante avec mon confrère français. Il m’a dépeint de façon très impressionnante à quel point la situation là-bas avait été catastrophique au plus fort de la crise. Il m’a expliqué qu’il avait dû prendre de nombreuses décisions thérapeutiques et souvent procéder à des arbitrages. Cela a confirmé que l’accueil de patients n’était pas uniquement l’expression d’un lien amical entre deux pays, mais aussi d’une grande solidarité dans la lutte contre le virus.

Source: clinique Sana – Offenbach

par le docteur Haitham Mutlak, chef du service d’anesthésie-réanimation, médecine intensive et médecine de la douleur

À la fin du mois de mars et en avril 2020, nous avons traité deux patients en provenance d’Alsace dans notre unité de soins intensifs. Étant donné que nous sommes classés comme établissement de niveau 1 pour la prise en charge des patients Covid, le service de coordination du land de Hesse nous a demandé d’intervenir. Ce que nous avons fait très volontiers ! Cela s’annonçait passionnant et nous étions très curieux de voir comment les choses allaient se dérouler. La prise de contact s’est effectuée via les services hospitaliers français. La communication a été très agréable, empathique et clairement structurée. Malheureusement, nous n’avons pas pu répondre favorablement à toutes les demandes de prise en charge de patients, ce qui a bien entendu généré des déceptions. Je dois dire que les patients ont été choisis côté français avec beaucoup de soin : ils parlaient allemand ou avaient des liens avec l’Allemagne dans leur entourage familial. Cela a permis de réduire l’appréhension de certains membres de l’équipe par rapport à d’éventuels problèmes de compréhension.

Arrivés chez nous intubés et sous ventilation mécanique, les deux patients étaient des cas graves de Covid. Toute l’équipe a fait son maximum pendant cette période difficile. C’était et cela reste une évidence pour nous d’accueillir des patients de toutes origines, et l’assistance mutuelle pratiquée pour les citoyens de l’UE va de soi pour nous tous. Cela renforce la cohésion européenne et l’idée d’une Europe unie.

En tant que médecins réanimateurs, nous avons affaire la plupart du temps à des patients intubés et ventilés, de sorte que les éventuels problèmes de communication, s’il doit y en avoir, apparaissent au plus tôt lors de la phase de réveil. Mais comme les patients français avaient été choisis de manière ciblée pour nous, il n’y a eu aucun problème de barrière linguistique ou de différences culturelles.

Mon équipe et moi-même sommes très fiers d’avoir pris en charge ces patients avec succès jusqu’à ce qu’ils puissent être à nouveau transférés en France. Nous avons tout fait pour mener la prise en charge de manière aussi optimale et avec les meilleurs résultats possibles. Toute l’équipe s’est investie dans cette mission avec dévouement et empathie. Pour nous, en tant qu’équipe interprofessionnelle, ce fut une formidable expérience que nous sommes tout à fait prêts à renouveler à l’avenir.

Docteur Benjamin Büchele – Hôpital municipal de Karlsruhe

©Philip Dehm

« Peu importe de quel côté du Rhin vit un patient ».

Le docteur Benjamin Büchele, neurologue, raconte comment il a vécu l’accueil et la prise en charge de patients Covid alsaciens à l’hôpital municipal de Karlsruhe.

Le 19 mars, en tant que chef de l’unité de soins intensifs neurologiques, j’ai appris qu’il était prévu de venir en aide à nos voisins de Strasbourg. Le lendemain, tard dans la soirée, le professeur Uwe Spetzger, notre directeur médical, a officiellement donné son feu vert et le professeur Georg Gahn, notre chef de clinique, nous a informés que des patients Covid allaient être héliportés chez nous depuis la France. Le 21 mars, après avoir travaillé ensemble à préparer les locaux, le personnel et l’organisation des soins intensifs, nous avons pu accueillir la première patiente. Nous avons un peu eu le sentiment de devoir nous jeter à l’eau sans « galop d’essai » pour nous familiariser avec la manipulation, la gestion des patients et les mesures de précaution à prendre, par exemple le port de tenues de protection. Au début, nous avons eu beaucoup à apprendre.

Au cours du week-end, nous avons accueilli au total 3 patients venus d’Alsace. Tous étaient dans un état critique, tout en présentant des profils médicaux totalement différents. Leur âge, leurs antécédents, l’évolution et le stade de la maladie variaient très fortement d’une personne à l’autre. L’état des patients et les informations dont nous disposions conduisaient tous à une seule et même conclusion : juste de l’autre côté du Rhin, un système de santé aussi performant que le nôtre était confronté à une situation que l’on ne rencontre normalement qu’en cas de catastrophe naturelle ou de guerre.

L’équipe de l’unité de soins intensifs neurologiques s’est surpassée pendant la première phase et pendant tout ce qu’on peut appeler la première vague de la pandémie de Covid-19. Nous avons réduit et simplifié au maximum les aspects pratiques, la communication et la répartition des compétences. Ces évolutions, qui étaient en partie envisagées et discutées depuis quelques années, se sont imposées dans ce contexte exceptionnel. En tant que chef de cette unité, je me réjouis du potentiel que cela représente. J’ai trouvé très positif également que personne ne se soit demandé pourquoi c’était « le neurologue » qui suivait les patients Covid. Pour tous, la priorité a toujours été d’apporter les meilleurs soins médicaux aux patients, quelle que soit leur nationalité. Malgré tout, les soignants ont été soumis à une pression parfois à la limite du supportable. Ils ont en effet été confrontés à la peur d’être en contact direct avec le virus, au manque de connaissances sur la pathologie et sur les procédures thérapeutiques à ce moment-là, et parfois tout simplement à l’épuisement physique après des gardes de 8 heures effectuées dans une tenue de protection complète et sous masque respiratoire. Nous avons mené de nombreux entretiens individuels afin que personne ne reste seul avec ses émotions et ses peurs. Le personnel s’est aussi montré très solidaire. Beaucoup de soignants qui avaient travaillé en soins intensifs dans le passé se sont portés volontaires pour des formations accélérées sur la prise en charge des patients Covid et pour relayer leurs collègues si nécessaire.

Ce qui m’a beaucoup marqué, c’est le contact avec les proches, qui ne pouvait se faire que par téléphone compte tenu des circonstances. Ces discussions, pendant lesquelles il fallait communiquer des informations difficiles et évoquer des décisions délicates, se sont passées très calmement malgré les circonstances, et les proches nous ont beaucoup exprimé leur reconnaissance. Quand je m’imagine dans cette situation, c’est-à-dire avoir un proche soigné dans le pays voisin sans pouvoir lui rendre visite ou parler directement à ses médecins, je ne peux qu’être admiratif devant l’attitude de ces gens.

Enfin, j’aimerais juste dire qu’à titre personnel, comme en tant que membre du personnel de la clinique municipale de Karlsruhe, je suis très heureux que nous ayons pu apporter notre aide à notre voisin direct dans cette crise. Que nous ayons été en mesure de le faire est un simple coup de chance, car, sans qu’on en connaisse la raison, Karlsruhe n’a pas subi de contaminations massives entraînant un afflux de patients. Je suis intimement convaincu que dans la situation inverse, nos confrères français auraient fait exactement la même chose. L’un des principes éthiques fondamentaux de la pratique médicale, qui était presque oublié mais qui redevient très important actuellement, est celui de l’égalité vis-à-vis des ressources et, de manière générale, de l’égalité de traitement des patients. Ce principe vaut quels que soient l’âge, le sexe, la religion et surtout, quelle que soit la rive du Rhin sur laquelle vit le patient.

Clinique de Sarrebruck (Mme Mona Fröhlich)

Mona Fröhlich, aide-soignante

Informations générales sur la Covid-19 et la clinique de Sarrebruck

La clinique de Sarrebruck, qui est la capitale du land de Sarre, est classée centre de niveau 1 pour le traitement des patients Covid et compte parmi les trois hôpitaux de la Sarre à avoir été désignés comme centres d’accueil prioritaire pour le coronavirus à l’échelle du land. Dans le contexte de la crise sanitaire, le nombre de lits en réanimation pour adultes a été quasiment doublé : grâce à l’extension et à l’aménagement d’une deuxième unité de soins intensifs respiratoires (appelée COBAZ 2), 74 lits pour adultes en soins intensifs étaient disponibles pour traiter les patients les plus gravement atteints nécessitant une assistance respiratoire. Avec 15 lits supplémentaires équipés d’assistance respiratoire, l’unité COBAZ 1 est entrée en service mi-mars. Les centres de réanimation Covid COBAZ 1 et COBAZ 2 sont spécialement préparés à la prise en charge des syndromes de détresse respiratoire aiguë (SDRA) dus à une contamination par le coronavirus. Une oxygénation par membrane extracorporelle (ECMO) est également possible dans ces unités.

Avec le soutien de la ville de Sarrebruck en tant que capitale du land et de l’Eurodistrict, la clinique de Sarrebruck a fait preuve de solidarité envers ses voisins français. À ce jour, 7 patients français y ont été soignés lorsque la situation s’est dégradée en France et que les capacités d’accueil en soins intensifs dans notre établissement l’ont permis. Pour le docteur Christian Braun, administrateur et directeur médical de la clinique, cette aide apportée au pays voisin était très importante : « Nous pensons que l’entraide et la solidarité, en particulier en temps de crise, ne doivent pas s’arrêter aux frontières nationales. Dans les moments difficiles, nous sommes aux côtés de nos voisins français. »

Même s’il était parfaitement naturel pour nous de venir en aide à nos voisins, nous avons été très touchés par les réactions positives en France et par les remerciements que nous avons reçus de plusieurs façons.

En juin 2020, Amélie de Montchalin, alors secrétaire d’État chargée des Affaires européennes et secrétaire générale pour la coopération franco-allemande, s’est rendue à la clinique de Sarrebruck avec Tobias Hans, ministre-président de Sarre, et Uwe Conradt, le maire de Sarrebruck. Placée sous le signe de la gratitude pour la solidarité témoignée et l’aide apportée pendant la pandémie, cette rencontre a été l’occasion de nombreux échanges. Avec le docteur Christian Braun, administrateur et directeur médical, le docteur Konrad Schwarzkopf, directeur médical du centre de médecine intensive et d’urgence, ainsi que les médecins et les soignants et bien sûr les responsables politiques qui avaient fait le déplacement, l’équipe de la clinique a fait un bilan de son travail dans une période exceptionnelle, évoqué la cohésion transfrontalière et les perspectives d’avenir. Daniel Philipp, un patient conduit de Sarreguemines à la clinique de Sarrebruck en ambulance fin mars, a pu également faire part de son vécu. Arrivé dans un état critique, il a été l’un des premiers patients Covid accueillis en soins intensifs à Sarrebruck à pouvoir rentrer en France.

La clinique lui a consacré un article sur son site :

https://www.klinikum-saarbruecken.de/pressemitteilung/9/4/2020/erster-corona-intensivpatient-aus-frankreich-nach-hause-entlassen/

7 questions à Mona Fröhlich

Âgée de 50 ans, Mona Fröhlich exerce le métier d’infirmière depuis 27 ans. Elle est actuellement infirmière en chef de l’unité de soins intensifs 10. Spécialisée en soins intensifs et en anesthésie, elle a été l’infirmière en chef du centre de réanimation Covid-19 appelé COBAZ 1 de la clinique de Sarrebruck pendant les premiers mois de la pandémie. Cette unité est fermée en ce moment (voir photo ci-jointe).

Comment s’est passée la période de la Covid pour vous ? Était-ce plus stressant que d’habitude ?

Mona Fröhlich: Pour moi, pour nous à l’hôpital, la Covid est toujours là. Elle n’est pas du tout derrière nous et fait toujours partie de notre quotidien : nous continuons à vivre et à travailler avec cette maladie. À la clinique de Sarrebruck, nous gardons par exemple les infrastructures nécessaires pour faire face efficacement à une deuxième vague. Quant à ce que j’ai vécu au début de cette pandémie, voici ce que je peux en dire : oui, c’était très éprouvant et stressant. Mais sur le plan professionnel, j’ai beaucoup appris. J’ai aidé à mettre sur pied le centre de réanimation respiratoire de la clinique de Sarrebruck, une unité de soins intensifs réservée aux patients Covid, dont j’ai pris la tête. Il n’y avait pas de routine dans cette unité.

Que vous êtes-vous dit quand vous avez entendu parler pour la première fois d’un coronavirus venant de Chine ? Vous attendiez-vous à une telle situation ?

Mona Fröhlich : Au début de l’année, quand on a entendu les premières informations sur ce qui se passait en Chine, la plupart d’entre nous n’ont pas vraiment mesuré les choses, moi comprise. Au début, je ne pouvais pas imaginer une telle situation. C’est petit à petit que j’en ai pris conscience.

Quand a-t-on compris que ce serait très sérieux ?

Mona Fröhlich : Les images venant d’Italie nous ont beaucoup impressionnés et fait réfléchir. Mais tout dépend aussi des médias par lesquels on s’informe et de leur orientation. Personnellement, j’ai eu un déclic un vendredi matin, quand j’ai appris la fermeture des écoles, des crèches et des frontières avec les pays voisins. Là, il est devenu clair pour moi que quelque chose de grave était en train d’arriver. Surtout qu’ici, nous sommes dans une région frontalière.

Quand avez-vous pris conscience que cela pourrait être particulièrement difficile pour le personnel des hôpitaux ?

Mona Fröhlich : Lorsqu’ici, nous avons commencé à ouvrir de nouvelles places en soins intensifs et que personne ne savait ce qui attendait les hôpitaux dans les semaines suivantes. Nous avons fait partie des premiers établissements à réagir tôt et à se préparer activement. En quelques jours, nous avons mis sur pied deux salles de réanimation et doublé le nombre de lits pour adultes en soins intensifs avec assistance respiratoire. Un service d’urgences Covid-19 distinct du service d’urgences classique a été ouvert et nos salles d’isolement ont été réaménagées pour accueillir plus de patients. Nous nous sommes préparés au pire. Cela nous a permis notamment de proposer notre aide à nos voisins français quand la situation s’est tendue à l’extrême pour eux.

Avez-vous ressenti de la peur ?

Mona Fröhlich : Les images en provenance d’autres pays m’ont perturbée et j’ai eu peur de ce qui pourrait arriver. Dans mon travail, j’ai été rassurée par le fait qu’avec le bon équipement de protection et le respect des règles d’hygiène, on était protégés efficacement contre le virus.

Que ressent-on quand on s’occupe directement d’un patient Covid ?

Mona Fröhlich : Au centre d’assistance respiratoire pour le coronavirus, je n’ai soigné que des patients Covid. Le degré de gravité de cette maladie nous a surpris. J’ai déjà plusieurs années d’expérience des soins intensifs et pourtant, je n’avais jamais vu d’évolutions aussi défavorables aussi rapidement qu’avec cette maladie. Et bien sûr, nous avons toujours travaillé au contact des patients en portant tout l’équipement de protection.

Il y a eu des patients que vous n’avez pas pu aider. Comment fait-on face à de telles situations en tant que professionnel?

Mona Fröhlich : Au centre d’assistance respiratoire, il y a eu quelques patients que nous n’avons pas pu aider. Cela fait malheureusement partie de notre métier, nous devons apprendre à y faire face. Mais nous faisons tout ce que nous pouvons pour accompagner nos patients du mieux possible jusqu’au bout. Pendant cette période, cela voulait dire que tous les patients devaient pouvoir être intubés rapidement afin qu’aucun ne s’asphyxie.

Ça me rend d’autant plus heureuse de voir des patients qui allaient vraiment mal repartir de l’hôpital sur leurs deux jambes, comme notre premier patient français qui a pu sortir de chez nous. Quand il est arrivé en ambulance à l’hôpital de Sarrebruck depuis Sarreguemines, il était dans un état critique et présentait une insuffisance respiratoire provoquée par la Covid-19. Nos médecins et notre équipe médicale l’ont soigné pendant plusieurs jours au centre de réanimation COBAZ 1. Au moment de son départ, les médecins et l’équipe médicale sont venus lui dire au revoir. Pour nous aussi, c’est un moment très spécial quand un patient arrivé dans un état grave repart chez lui presque guéri. 

Des dessins de France pour remercier l’équipe de la clinique de Sarrebruck

Le hasard a voulu que ce soit le jour de la fête nationale française que la clinique de Sarrebruck a reçu du courrier de France. Des élèves des écoles de Soucht et de Meisenthal, en Lorraine, ont en effet envoyé de nombreux dessins très colorés à l’équipe de la clinique de Sarrebruck. Dans la lettre qui les accompagnait, la directrice d’école Katia Failly a remercié l’équipe médicale d’avoir soigné des patients français pendant la crise sanitaire, parlant d’un « formidable geste d’amitié franco-allemande ». Les élèves français ont même appris une chanson de remerciement franco-allemande dédiée à l’équipe de la clinique : https://www.youtube.com/watch?v=MA9ILPQylGQ

Les enfants de CP et de CE1 de l’école primaire La Forêt, dans la commune française de Schœneck, ont également envoyé de magnifiques dessins à la clinique de Sarrebruck.  « Votre équipe médicale a soigné des membres de nos familles et certains de nos amis avec une grande empathie et un grand professionnalisme. (…) Sans hésiter, vous avez répondu à notre appel au secours. (…) Nous n’oublierons jamais que vous avez été là pour nous dans cette période critique », a écrit une maîtresse.

Des remerciements officiels à Berlin

Le 14 juillet, au nom de l’équipe médicale de la clinique de Sarrebruck, l’administrateur de la clinique de Sarrebruck, le docteur Christian Braun, a reçu des remerciements officiels à l’ambassade de France à Berlin.

À propos de la clinique de Sarrebruck :

La clinique municipale de Sarrebruck, située sur le mont Winterberg, compte parmi les pôles hospitaliers les plus modernes du sud-ouest de l’Allemagne, ainsi que pour la France et le Luxembourg.  Une centaine de patients en moyenne sont accueillis chaque jour dans son service d’urgences, le plus grand de la région. Avec 16 départements spécialisés et 17 centres médicaux, cet établissement est incontournable dans la région et, avec ses 2 000 employés, il est l’un des premiers employeurs du land de Sarre. La clinique revient sur les premiers mois de la pandémie de Covid-19 sur son site Internet: https://www.klinikum-saarbruecken.de/corona/